Alimentation et santé, des liens pas toujours convaincants
La plupart des aliments ne sont ni fondamentalement mauvais ni parfaits.
D’une part, aucun d’entre eux ne permet de satisfaire totalement nos besoins nutritionnels, si bien que nous devons associer une grande diversité alimentaire dans nos assiettes pour couvrir nos besoins. D’autre part, on ne peut attendre que peu d’effet sur la santé de la consommation d’un aliment en quantité mineure parmi les autres aliments. Par exemple il est insénsé de croire qu’un peu de sucre dans une alimentation équilibrée puisse détraquer votre métabolisme ou votre santé. Ou de penser qu’ajouter quelques graines de chia dans votre quotidien ou une feuille de salade verte dans votre menu puisse révolutionner votre équilibre alimentaire et vous préserver de la maladie.
Enfin, nous n’avons malheureusement quasi aucune certitude quant à l’effet réel des aliments sur la santé, nous disposons seulement de faisceaux de probabilités.
Les recommandations nutritionnelles reposent sur une convergence de preuves établies à l’aune de connaissances scientifiques à un instant T et pour lesquels il subsistera toujours des biais d’interprétation. La littérature scientifique regorge de données concernant les aliments, les nutriments et les micronutriments et leur effet probable et supposé sur la santé humaine.
En science, on s’ appuie sur des données de valeur inégales mais utiles prises ensembles :
- des données mécanistiques qui détaillent les réactions chimiques / biochimiques à l’échelle des cellules et des organes
- des données issues d’études effectuées sur les animaux qui ne peuvent pas être précisément retranscrites sur l’homme
- des données issues d’études d’observation de grand groupes d’individus (appelées cohorte) où on compile des données observées et/ou auto rapportées souvent par les patients eux même à l’aide de questionnaires
- des données issues d’études d’interventions randomisées contrôlées auprès d’un groupe plus ou moins important d’individus où on essaye d’éliminer le maximum d’éléments qui pourraient constituer des biais et interférences pour les résultats. Les méthodologies peuvent être très hétérogènes donc difficilement comparables entre elles.
- des données compilées appelées méta analyse, ou revues systématiques qui rassemblent et analysent un ensemble d’études (souvent très hétérogènes) sur un sujet pour en apporter une vue d’ensemble.
Effectuer des recherches en nutrition demeure un exercice complexe car il est très difficile d’isoler l’effet propre d’un aliment (ou d’un nutriment) sur la santé humaine alors qu’il est consommé parmi d’autres dans le cadre d’une matrice propre et d’un régime complexe.
Les aliments et les nutriments interagissent entre eux dans le corps d’un mangeur aux caractéristiques particulières, ce qui constitue de ce fait un biais.
De plus il est très difficile d’isoler l’effet propre de l’aliment étudié de l’effet de l’environnement et des autres comportements du mangeur (par exemple : son sommeil, son niveau d’activité physique, son niveau socio économique, ses addictions…) : Les analyses statistiques ajustent ces facteurs de confusion, mais il peut rester une confusion résiduelle qui fausse les résultats.
Autre point important qu’il faut souligner concernant la science des aliments et la santé : c’est que les effets rapportés sont souvent très MODESTES. En épidémiologie nutritionnelle, beaucoup de résultats se situent dans une zone d’effet où il est tout à fait possible qu’un élément extérieur non contrôlé (un biais) ait influencé le résultat.
Les relations entre les aliments et les principales maladies chroniques sont très largement étudiées et ce que l’on peut dire c’est que les liens convaincants ne sont pas légion. Seules les relations convaincantes et probables (ayant un niveau de preuves suffisant) ont fait l’objet de recommandations nutritionnelles et formulés dans le PNNS.
La compilation des données de la littérature scientifique sur le sujet d’un aliment/ santé, (définie par le type d’études, leur nombre, leur qualité, leur homogénéité et leur plausibilité) établit un niveau de relation entre l’aliment étudié et une maladie. Il existe 4 niveau de niveaux de relation entre un aliment et une maladie
- des relations « convaincantes »
- des relations « probables »
- des relations « limitées mais suggestives »
- des relations « limitées »
Au vu de ce préambule, il ne sert souvent à rien de s’inquiéter outre mesure face à nos assiettes. L’anxiété alimentaire que certains développent en s’informant non stop sur la nutrition et la santé est disproportionnée au regard des preuves scientifiques. Certes, nous disposons de certains éléments convergents qui font l’objet de recommandations nutritionnelles repères (reportées dans le PNNS), mais souvenons-nous que les tailles d’effet sont faibles, donc pas de panique !
Les produits laitiers sont un exemple typique où les inquiétudes sont bien ancrées, quitte à penser qu’ils empoisonnent les humains de manière universelle. Sachez que rien ne me permet de partager ces craintes exagérées. Toutefois, celà ne remet pas en question le fait qu’à titre individuel on puisse souffrir d’allergie aux protéines de lait de vache ou d’intolérance au lactose, où que le lait et produits laitiers puissent être contaminés par des bactéries ou des produits chimiques toxiques étrangers au lait en lien avec les conditions d’élevage ou de nutrition des animaux.
Devant ces craintes et questionnements légitimes, je vais proposer cette année une série d’articles sur les aliments, leur intérêt réel/ supposé et leur risque.
Article rédigé par Katia Tardieu, diététicienne nutritionniste