Comment diminuer les gazs et les ballonnements ?
Flatulences, pets, vents, gazs, prouts, : tout un champs lexical pour signifier quelque chose de gênant mais de tout à fait normal, jusqu’à une certaine limite.
On expulse en moyenne entre 200ml et 1.5l de gazs quotidiennement. Un être humain génère jusqu’à 25 gaz par jour, ils sont majorés après les repas.
Ces gaz peuvent générer un inconfort ou des douleurs abdominales que le patient présente comme des ballonnements.
Les ballonnements perçus par les patients ne sont pas toujours visibles. Ces ballonnements sont associés ou non à l’augmentation du périmètre abdominal après les repas ou au décours de la journée.
Lorsqu’on parle de ballonnements, il convient au préalable de ne pas confondre :
- le phénomène de distension ou de gêne gastrique (autour de l’estomac), se manifestant après un repas copieux, après avoir avalé un excédent d’air, pouvant générer des rots (aérophagie) ou un reflux gastro-oesophagien
et
- la distension, l’inconfort ou la douleur intestinale touchant l’intestin / le côlon
Alors que l’inconfort gastrique (autour de l’estomac) témoigne d’un problème de digestion haute, je vais évoquer ici les troubles de la digestion basse, soit les ballonnements intestinaux générés par les gazs qui devront être évacués par le bas.
D’où viennent les gazs intestinaux et comment sont ils produits ?
La plupart des gazs sont produits lors du processus de fermentation des nutriments par les bactéries intestinales au niveau du côlon. Une autre partie des gaz est issue de l’air avalé par le mangeur. Les gazs produits sont partiellement réabsorbés dans le sang en passant à travers les parois digestives tandis que les autres sont expulsés par la bouche (aérophagie) ou par l’anus (flatulences).
Comme nous mangeons quotidiennement des aliments contenant une diversité de nutriments, les bactéries intestinales se nourrissent également des protéines, lipides et glucides et fibres indigestibles qui ne sont pas absorbés par l’intestin grêle. Lors de ce processus, elles libèrent divers métabolites comme des acides gras à chaîne courte et des gazs de plusieurs nature.
Dans le tube digestif des individus sains, la production de gaz est minimale dans la partie proximale de l’intestin grêle, tandis qu’elle augmente dans l’iléon et,de façon marquée, dans le côlon.
Une quantité trop importante de nutriments arrivant dans le colon, soit lors d’une consommation dépassant les capacités d’absorption, soit en cas de leur malabsorption pathologique dans l’intestin grêle, on pourra observer une fermentation et une surproduction de gaz.
Les ballonnements ressentis quant à eux résultent soit d’une production excessive de gaz et/ou d’un transit gazeux perturbé et/ou d’une hypersensibilité à une quantité normale de gaz dans l’intestin.
Quels sont les différents gazs produits lors de la digestion ?
La proportion des gaz produits dépend des espèces bactériennes (microbiote), de leur abondance et des substrats représentés dans le côlon après digestion dans l’intestin grêle. Si de nombreuses espèces peuvent fermenter une grande diversité de substrats, certaines ont un substrat préférentiel. Ceci signifie que la nature du gaz, et la quantité de gaz (et des autres produits de fermentation, appelés métabolites) sont dépendant à la fois du régime alimentaire et du microbiote de l’hôte.
Le transit gazeux est majoré durant et après les repas car le tube digestif est en mouvement à ce moment ce qui permet l’expulsion des matières et gazs vers la partie distale. vers le bas. Des mouvements ralentis et une constipation chronique aura pour conséquence une mauvaise évacuation des gaz entraînant possiblement des ballonnements.
Les principaux gaz évacués sont l’azote N, l’oxygène O2, le dioxyde de carbone CO2 et l’hydrogène H2. Ils proviennent essentiellement de l’air avalé ou sont des produits de fermentation des glucides et des fibres. Ces gaz majoritairement produits sont inodores et ne présentent pas d’effet nocif pour la santé.
Quant à la fermentation des acides aminés issue de la digestion des protéines, elle génère en général d’autres types de gazs, souvent malodorants pouvant être nocifs pour la santé s’ ils sont produits en excès : Le sulfure d’hydrogène H2S, provient de la fermentation des acides aminés soufrés (méthionine, cystéine) par des bactéries spécialisées sulfato-réductrices.
L’indole et le scatole sont produits lors de la fermentation du tryptophane et l’ammoniac est libéré lors de la désamination de l’ensemble des acides aminés.
Qu’est ce qui donne l’odeur nauséabonde aux gazs ?
99% des gaz produits par la fermentation colique sont inodores. Seuls 1% de ces gazs sont odorants.
L’odeur des gaz est essentiellement corrélée à la concentration en sulfure d’hydrogène H2S, libérés lors de la fermentation des acides aminés.
Les régimes très protéinés et contenant beaucoup d’acides aminés soufrés (en particulier contenant de la viande rouge, des viandes tansformées), en particulier en présence de faibles quantité de glucides et de fibres génèrent davantage de gaz nauséabonds.
La prise d’antiacides (type omeprazole), en réduisant la production d’acides gastriques, réduit la digestion et l’assimilation des protéines et augmente la fermentation colique des protéines ayant pour conséquence une production accrue de gazs potentiellement odorants.
La malabsorption des nutriments, engendrée par le bypass gastrique par exemple, ou les maladies inflammatoires intestinales, induisent une fermentation accrue des protéines dans le côlon.
A contrario, les régimes d’orientation végétarienne, glucidiques, riches en fibres ( céréales, légumineuses fruits, légumes), peuvent générer beaucoup de gaz, soit, mais ils sont peu odorants.
Ces gazs sont ils dangereux pour la santé ?
Les gaz, quand ils sont produits dans des proportions normales, sont le signe d’une fermentation colique normale des substrats non absorbés par le microbiome intestinal.L’émission de gaz intestinaux est un processus naturel chez l’être humain et peut être un indicateur de bonne santé, en particulier s’ils proviennent de la fermentation des glucides et des fibres.
Ces substrats sont indispensables au maintien d’une diversité et d’une abondance microbienne qui participe à notre santé par sa fonction barrière, immunitaire et anti inflammatoire.
Les glucides et les fibres fermentés par les bactéries coliques produisent des métabolites bons pour notre santé, tels que des acides gras à chaine courte (AGCC) qui entretiennent la muqueuse intestinale.
Quant aux produits de fermentation des protéines tels que le sulfure d’hydrogène ils peuvent se révéler toxiques, en augmentant notamment le risque de cancer colorectal.
Les régimes riches en viande, notamment en viande rouge ou en viande transformée sont particulièrement riches en protéines et susceptibles d’entraîner une surproduction de gazs, non seulement nauséabonds, mais également susceptibles d’altérer la muqueuse de l’intestin.
Les régimes hyperprotéinés (trop riches en protéines) et hypoglucidiques (pauvres en glucides) modifient le microbiote colique, favorisant un profil microbien potentiellement pathogène et pro-inflammatoire, une diminution de la production d’acides gras à chaîne courte et une augmentation des concentrations d’ammoniaque, de phénols et de sulfure d’hydrogène, métabolites au potentiel pro inflammatoire.
Lorsque les expulsions de gaz sont excessivement fréquentes ou s’accompagnent de fortes douleurs abdominales, de ballonnements, de diarrhée ou de constipation, cela peut suggérer la présence d’un trouble intestinal. Une odeur nauséabonde, surtout si elle persiste et s’accompagne d’autres symptômes, peut être associée à des troubles digestifs, à une intolérance alimentaire ou à des infections intestinales.
Source: Pawełek, K., Marta, P. K., Huzarski, F. M., Ferfecka, G. M., Rosa-Bończak, M., Ossolińska, A., … & Morawiecka, N. (2025). What Do Gases in the Large Intestine Have to Do with Health?. Journal of Education, Health and Sport, 78, 57693-57693
Les personnes souffrant de l’intestin irritable produisent-elles plus de gaz ?
La plupart des sujets sains et asymptomatiques tolèrent d’importantes quantités de gaz grâce à un transit et une évacuation rapides.En revanche, face à une situation similaire, les patients souffrant de troubles fonctionnels intestinaux, tels que le syndrome de l’intestin irritable et les ballonnements fonctionnels, présentent des réponses anormales : rétention de gaz, inconfort abdominal, ou les deux.
Les études sur le sujet montrent que les personnes souffrant du SII ne produisent pas plus de gazs que les personnes asymptomatiques mais que la distension gastrique liée à leur production est bien moins tolérée ou que leur répartition dans le tube digestif et leur évacuation sont anormales, générant plus d’inconfort.
Si la sensation de ballonnement est liée à l’hypersensiblité viscérale, l’augmentation du tour de taille est plus souvent liée à une hyposensibilité et à un transit ralenti avec constipation.
Environ 50 % des patients atteints du syndrome de l’intestin irritable et souffrant de ballonnements présentent également une augmentation du tour de taille exagérée.
Chez les sujets “normaux”, la cavité intraabdominale s’accomode pour permettre une distribution régulière des volumes internes (gazs/ liquides…), mais chez les sujets atteints de ballonnements, la coordination entre contractions des muscles abdominaux et relâchement du diaphragme est dysfonctionnelle ne permettant pas la redistribution correcte des volumes. Cet effet est plus marqué en cas de constipation qu’en cas de diarrhée.
Sources
- Agrawal A, Whorwell PJ. Review article: abdominal bloating and distension in functional gastrointestinal disorders–epidemiology and exploration of possible mechanisms. Aliment Pharmacol Ther. 2008 Jan 1;27(1):2-10. doi: 10.1111/j.1365-2036.2007.03549.x. Epub 2007 Oct 11. PMID: 17931344.
- Iovino P, Bucci C, Tremolaterra F, Santonicola A, Chiarioni G. Bloating and functional gastro-intestinal disorders: where are we and where are we going? World J Gastroenterol. 2014 Oct 21;20(39):14407-19. doi: 10.3748/wjg.v20.i39.14407. PMID: 25339827; PMCID: PMC4202369.
Comment diminuer la production des gaz intestinaux ?
L’alimentation habituelle a une influence majeure sur la composition du microbiote intestinal et, par conséquent, sur les profils de gaz produits à long terme.
Il est possible de réduire la quantité et le type de gaz produits en limitant l’ingestion d’air durant les repas et en diminuant l’apport des substrats de fermentation. Une modification du régime alimentaire par modulation de l’apport en macro-nutriments (glucides, protéines et lipides et fibres )pourrait modifier le profil des gaz intestinaux et les ballonnements.
La diminution des apports en protéines (en particulier animales / viande rouge/ viande transformée) permettra de réduire la production des gaz odorants, dont l’excès est toxique pour la muqueuse intestinale, tandis que la diminution de la consommation des glucides à chaîne courte hautement fermentescibles et des fibres très fermentescibles permettra de diminuer la production des principaux gaz émis quotidiennement. (au risque de diminuer l’abondance de bactéries intestinales favorables à la santé).
Quant à l’exercice physique, comme une petite marche après les repas, il permettra de diminuer les ballonnements en aidant à l’évacuation naturels des gazs.
Pourquoi consulter un diététicien nutritionniste si on souffre de gazs et ballonnements ?
Nous avons vu que les comportements et les choix alimentaires peuvent influencer le nombre, la qualité des gaz émis et la sensation de ballonnement.
Un bilan alimentaire avec un ou une diététicienne nutritionniste permettra de d’évaluer dans quelle mesure votre alimentation contribue à votre inconfort et si il est pertinent d’ajuster la quantité de protéines, de fibres et de glucides fermentescibles consommées tout en préservant une alimentation équilibrée ainsi que la santé de votre microbiote intestinal.
Une consultation médicale avec votre médecin traitant ou spécialiste peut également être nécessaire notamment en cas d’autres troubles ou douleurs associés, afin d’éliminer des pathologies intestinales nécessitant un traitement ou une prise en charge spécifique.
Sources
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https://www.fmcgastro.org/texte-postu/postu-2020-paris/ballonnement-la-terreur-du-gastroenterologue-comment-etre-efficace/
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Harder H, Serra J, Azpiroz F, Passos MC, Aguadé S, Malagelada JR. Intestinal gas distribution determines abdominal symptoms. Gut. 2003 Dec;52(12):1708-13. doi: 10.1136/gut.52.12.1708. PMID: 14633947; PMCID: PMC1773885.
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Mutuyemungu, E., Singh, M., Liu, S., & Rose, D. J. (2023). Intestinal gas production by the gut microbiota: a review. Journal of Functional Foods, 100, 105367.
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Pawełek, K., Marta, P. K., Huzarski, F. M., Ferfecka, G. M., Rosa-Bończak, M., Ossolińska, A., … & Morawiecka, N. (2025). What Do Gases in the Large Intestine Have to Do with Health?. Journal of Education, Health and Sport, 78, 57693-57693.
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Yao, C. K., Muir, J. G., & Gibson, P. R. (2016). Insights into colonic protein fermentation, its modulation and potential health implications. Alimentary pharmacology & therapeutics, 43(2), 181-196.
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Kalantar-Zadeh K, Berean KJ, Burgell RE, Muir JG, Gibson PR. Gaz intestinaux : influence sur les troubles intestinaux et rôle des modifications alimentaires. Nat Rev Gastroenterol Hepatol. 2019 déc. ; 16(12) : 733-747. doi : 10.1038/s41575-019-0193-z. Publication en ligne : 13 sept. 2019. PMID : 31520080.
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Eswaran S, Muir J, Chey WD. Fiber and functional gastrointestinal disorders. Am J Gastroenterol. 2013 May;108(5):718-27. doi: 10.1038/ajg.2013.63. Epub 2013 Apr 2. PMID: 23545709.
Article rédigé par Katia Tardieu, diététicienne nutritionniste

