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Insatisfaction corporelle

19 mai 2024

Derrière la demande de perte de poids se cache TRÈS souvent une problématique plus large d’insatisfaction corporelle. Parmi mes patients en recherche d’un accompagnement à l’amaigrissement, une partie souffre objectivement de surpoids ou d’obésité parfois combinée à des comorbidités et pour lesquels une perte de poids serait susceptible d’améliorer la santé et la qualité de vie. Une autre grande partie de mes patients a un IMC parfaitement normal et une bonne santé, mais pourtant ils expriment une souffrance à vivre dans ce corps qui ne leur plait pas et un rejet de leur image.

Formée depuis peu à la question de l’image corporelle, j’ose davantage aborder en consultation ce sujet de préoccupation central et c’est pourquoi je vous livre dans cet article des éléments de réflexion. 

L’image corporelle représente le corps perçu et cette représentation personnelle peut être très éloignée du corps réel. En effet, la perception que l’on a de son corps et l’insatisfaction corporelle qui peut en résulter est totalement subjective et indépendante de la forme, du poids et de l’IMC.

La différence entre le corps perçu et le corps désiré permet d’évaluer le degré d’insatisfaction corporelle. 

 

L’insatisfaction corporelle engendre des comportements à risque pour la santé

Or, la manière dont on perçoit son corps a une influence directe sur nos comportements de santé dont le comportement alimentaire ! Plus le degré d’insatisfaction corporelle est fort, moins ces comportements sont favorables !

Différentes études semblent démontrer que l’insatisfaction corporelle est associée à des troubles psychologiques tels que la dépression et des comportements à risque, tels que des pratiques malsaines de contrôle du poids (sport à outrance/ régimes sévères), des troubles des comportements alimentaires (anorexie, boulimie, hyperphagie), le tabagisme, la consommation excessive d’alcool ou la pratique excessive du bronzage et autres pratiques qui maltraitent et font souffrir le corps et l’esprit. A contrario, avoir une image corporelle positive semble présenter des avantages pour la santé des hommes et des femmes.

 

L’(in)satisfaction corporelle et l’estime de soi

L’estime de soi repose sur l’écart entre l’image qu’on a de nous même et l’exigence que l’on a de nos  talents, nos compétences, notre intelligence, nos relations sociales, nos aptitudes physiques et notre apparence. Une faible estime de soi survient lorsqu’on ressent ne pas être à la hauteur des attentes qu’on a de soi même. L’insatisfaction corporelle fait donc référence à une appréciation négative de son propre corps résultant d’un écart entre la façon dont on le perçoit et la façon dont on souhaite qu’il soit ( ou l’image corporelle idéale correspondant à des idéaux de beauté intériorisés).

La satisfaction corporelle est un des contributeurs de l’estime de soi. Si notre niveau d’exigence vis à vis de l’apparence physique est excessive, ou si on lui donne significativement plus d’importance que les autres composantes de l’estime de soi (ex : compétences sociales, intellectuelles…) notre équilibre risque d’être bien fragile ! 

L’image de soi se construit tôt dans l’adolescence et peut se rejouer à tout moment dans la vie. Elle est la résultante d’interactions entre l’individu et son environnement proche (famille, pairs…) et la société dans laquelle il vit. 

L’insatisfaction corporelle est fréquente, influencée par des déterminants externes et internes comme sa tendance à internaliser les idéaux sociaux et à se comparer aux autres.  Dans les sociétés occidentales, une partie importante de la population féminine se caractérise par un degré relativement élevé d’insatisfaction corporelle. 

 

Cultiver une image positive de soi

Le corps est le véhicule pour l’âme et l’esprit dont la vie nous à doté. Certains semblent plus gâtés que les autres, c’est un fait, mais il faut bien intégrer que le corps n’est pas modelable à volonté. Il faut faire avec lui et entretenir convenablement ce que la nature nous a donné !

C’est en cultivant une image positive (ou déjà plus neutre) et bienveillante de soi, en acceptant un corps imparfait avec ses défauts, en valorisant ses compétences et ses qualités que l’on favorise une attitude qui permet de mieux prendre soin de soi, de sa santé et de se préserver de troubles psychiques et de conduites néfastes pour le corps.

Il est utile de rappeler que le corps et le poids ne sont pas contrôlables par la volonté ni par le contrôle de son alimentation ou de son niveau d’activité physique, contrairement à ce que la pression sociale nous fait croire. En effet, le poids est en très grande partie génétiquement programmé, soumis à une pression environnementale allant à l’encontre de la maîtrise du poids. (Je vous invite à lire l’article dédié au métabolisme)

C’est en aidant à décrypter son environnement et notre interaction avec celui-ci, en aidant à développer un regard critique sur les médias et la société et en développant sa capacité à se protéger des images et des discours autour du poids et des idéaux de beauté qu’il est possible de (re)construire une image de soi plus positive.

 

Impact des médias et des réseaux sociaux 

Nous sommes abreuvés d’images dont beaucoup, retouchées, ne reflètent pas la réalité et l’émergence de l’IA ne va probablement pas améliorer la situation.  

La relation entre l’exposition aux médias véhiculant des images de personnes aux formes corporelles minces/ musclées et l’insatisfaction corporelle chez les hommes et les femmes a été corroborée par un très grand nombre d’études.

Regarder sans cesse des images sur les réseaux sociaux illustrant des idéaux de beauté inaccessibles conduit les jeunes par comparaison à se sentir insatisfaits de leur corps. 

Il est utile de se préserver en prenant soin de choisir ce que nous regardons, car ces images qui sont loin de flatter notre égo,  cultivent notre insatisfaction et nous rendent malheureux la plupart du temps.

 

En consultation avec la diététicienne ou les professions de santé

En consultation, la question du poids et de l’insatisfaction de celui-ci est récurrente. Beaucoup pensent avoir un problème de poids alors qu’ils ont souvent un problème avec leur poids ou une partie de leur corps. On ne peut pas les en blâmer quand la pression sociétale, médicale ou familiale leur impose de se conformer à des idéaux de beauté, des critères médicaux ou de conduite. 

Il n’est pas acceptable qu’un professionnel de santé (médecin, diététicien…) renforce la croyance qu’à son patient que son poids/ corps est inacceptable ni qu’il rajoute une pression supplémentaire en exigeant de lui d’atteindre un poids irréaliste.

Il n’est pas acceptable non plus que le professionnel de santé exige de son patient des pratiques alimentaires affamantes pour le corps ou blâme celui qui n’a pas “réussi” à atteindre l’objectif de poids. 

Combien de fois ai je entendu un patient me dire “il faut que je perde 20 kilos !”, alors que la littérature scientifique démontre non seulement que la plupart des personnes en surpoids ne réussissent à terme à perdre « que » 5 ou 10% du poids actuel mais qu’en général cette humble perte de poids suffit à améliorer de nombreux paramètres biologiques. (je vous invite également à lire cet article : stabiliser son poids après un régime)

Ce n’est qu’en guidant son patient vers une meilleure hygiène de vie, alignée avec ses possibilités et ses valeurs que l’accompagnement conduit à un changement propice à une meilleure santé physique et psychologique. Ce sont de vrais défis au quotidien forts en émotions avec son lot de découvertes et de déconvenues. Le chemin est souvent long pour se sentir mieux et libéré de ses propres contraintes.

 

Quelques tips pour une meilleure image de soi

La construction de notre image s’établit très tôt. La société mais surtout les adultes/parents ont un rôle déterminant à jouer dans la construction et la promotion d’une image positive du corps envers les plus jeunes. 

À l’âge adulte, on supporte encore parfois une image de soi et de son corps dégradée contre laquelle il est toujours possible de lutter. Je vous invite à réfléchir à quelques conseils ci dessous : 

 

  • Repérez et acceptez que certains aspect de votre image vous procure de l’insatisfaction et des émotions dérangeantes 
  • Défocusez sur votre désir de minceur ou d’une cible de poids et orientez vos efforts vers la recherche de bien être, de confort et de santé
  • Ayiez moins d’exigence vis à vis de votre corps et soyez plus tolérant avec vos imperfections
  • Alignez davantage votre corps (désir de minceur) et votre esprit (recherche de bien être psychologique)
  • Ne vous comparez pas à outrance (aux influenceurs, aux stars, à la copine, à votre maman/papa, aux désirs de vos parents, à vous même quand vous étiez plus jeune)
  • Comprenez que votre valeur en tant que personne ne se résume pas à votre corps ou au poids que vous faites
  • Développez les autres déterminants sur lesquels reposent l’estime de soi (ex : ses compétences physiques, sociales, émotionnelles, intellectuelles…)
  • Protégez vous de l’environnement nocif qui véhicule des messages ou images stigmatisant les corps et les silhouettes (réseaux sociaux, images, médias, personnes)
  • Eloignez vous ou interrompez les discussions autour du poids, du corps et des régimes
  • Arrêtez de dénigrer votre corps ou celui des autres devant autrui ou vous même
  • Ne tolérez pas les discours négatifs autour du corps et du poids des autres personnes de votre entourage
  • Interrogez et déconstruisez les diktats et modèles de la beauté
  • Requestionnez vos modèles de beauté et même vos modèles tout court, cherchez quelqu’un qui vous inspire abstraction faire de sa silhouette
  • Osez vous regarder avec bienveillance, comme un être humain avec ses imperfections, et embrassez vos défauts comme faisant partie de votre histoire
  • Exposez vous progressivement (au miroir, à l’extérieur, aux situations), pour que votre corps ne devienne pas une prison qui vous empêche de vivre pleinement votre vie. Par exemple, les thérapies d’expositions régulières au miroir ont prouvé de réels bénéfices sur l’augmentation de la satisfaction corporelle par un processus d’accoutumance de la vision de son corps 
  • Travaillez l’autocompassion
  • Prenez soin de vous pour tendre vers une bonne santé physique et mentale : alimentation, soins, repos, activités, loisirs, vie sociale

 

Pour que vos enfants entretiennent une image plus positive de leur corps et donc développent une meilleure estime d’eux même :

  • Faites attention aux paroles qui blessent même involontairement : les petites moqueries, les réflexions sur le corps, la pesée systématique, la pression sur le poids, la restriction ou le chantage alimentaire, les “bons” conseils pour rechercher la minceur avec le sport et la nourriture … tout celà laisse des traces indélébiles douloureuses et font des accrocs dans l’estime de soi. Nous adultes et proches participons à la construction de l’image corporelle des jeunes et souvenons nous qu’une image corporelle négative contribue aux comportements défavorables à la santé et elle est propice au développement des troubles des comportements alimentaires.
  • Aidez vos enfants à cultiver les autres contributeurs de l’estime de soi et à développer des comportements favorables à la santé et le bien être en général/ non focalisé sur le poids et la beauté. 
  • Ne dénigrez pas sans cesse votre propre corps ou votre poids devant vos enfants. Si vous même vous vous sentez mal dans votre corps, il est peut être temps d’adopter de nouveaux comportements et plus de bienveillance envers vous même.

 

En conclusion 

Même si le travail de déconstruction est long et difficile, il est possible de développer pas à pas une meilleure image de son corps. C’est aussi en promouvant autour de soi une image positive des corps que l’on peut contribuer à se « soigner » par la même occasion et à adopter de meilleurs comportements pour soi. N’hésitez pas à vous faire accompagner par un psychologue si vous entretenez une image de vous si délétère que celà contribue à altérer significativement votre qualité de vie.

 

Quelques ressources et liens pour promouvoir une image corporelle positive 

Site interne professionnel et grand public :  https://equilibre.ca

Podcast Québécois : https://equilibre.ca/grand-public/balado/

Mooc gratuit : https://numerique.hes-so.ch/login/index.php

Livre : Je fais la paix avec son corps et mon assiette – Florian Saffer

 

Sources : 

https://www.phsd.ca/fr/sujets-et-des-programmes-de-sante/poids/image-corporelle-et-estime-de-soi/

Strand, M., Fredlund, P., Boldemann, C. et al. Perception de l’image corporelle, tabagisme, consommation d’alcool, bronzage intérieur et troubles de l’alimentation chez les adultes jeunes et d’âge moyen : résultats d’une vaste étude suédoise basée sur la population. BMC Santé publique 21 , 128 (2021). https://doi.org/10.1186/s12889-021-10158-4

Gillen, M. M. (2015). Associations between positive body image and indicators of men’s and women’s mental and physical health. Body image, 13, 67-74.

Manaf NA, Saravanan C, Zuhrah B. The Prevalence and Inter-Relationship of Negative Body Image Perception, Depression and Susceptibility to Eating Disorders among Female Medical Undergraduate Students. J Clin Diagn Res. 2016 Mar;10(3):VC01-VC04. doi: 10.7860/JCDR/2016/16678.7341. Epub 2016 Mar 1. PMID: 27134977; PMCID: PMC4843362.

Fioravanti, G., Bocci Benucci, S., Ceragioli, G. et al. Comment l’exposition aux idéaux de beauté sur les sites de réseaux sociaux influence l’image corporelle : une revue systématique des études expérimentales. Adolescent Res Rev 7 , 419-458 (2022). https://doi.org/10.1007/s40894-022-00179-4

Cabaco, AS; Urchaga, JD; Guevara, RM; Moral-García, JE Facteurs de risque psychopathologiques associés à l’image corporelle, à l’insatisfaction corporelle et aux régimes amaigrissants chez les adolescents d’âge scolaire. Enfants 2021 , 8 , 105. https://doi.org/10.3390/children8020105

González-Sánchez, C. ; Jiménez-Cabello, J. ; Rodríguez-Ruíz, S. ; Mata-Martín, JL « Je ne suis pas seulement un corps » : changement dans les pensées sur le corps après un traitement d’exposition au miroir chez les femmes obèses – Une étude exploratoire. Santé 2024 , 12 , 624. https://doi.org/10.3390/healthcare12060624

Butler RM, Heimberg RG. Exposure therapy for eating disorders: A systematic review. Clin Psychol Rev. 2020 Jun;78:101851. doi: 10.1016/j.cpr.2020.101851. Epub 2020 Mar 21. PMID: 32224363.

 

 

Article rédigé par Katia Tardieu, diététicienne nutritionniste

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